Mieux comprendre les Déficits immunitaires secondaires
Qu'est-ce qu'un déficit immunitaire secondaire (DIS) ?
Un déficit immunitaire secondaire, en termes simples, est un affaiblissement du système de défense de l'organisme qui se développe après la naissance.
Contrairement aux problèmes immunitaires présents dès la naissance, un DIS est causé par une autre pathologie ou un traitement médical(1). Cela signifie que le système immunitaire, qui fonctionnait normalement auparavant, devient moins efficace pour protéger le corps contre les infections (5). Ce déficit peut être temporaire, comme celui qui peut survenir après une infection virale, ou il peut être de longue durée, en fonction de la cause sous-jacente (1).
L'idée de "secondaire" ou "acquis" est fondamentale. Ces termes soulignent que ce type de déficit immunitaire n'est pas dû à une anomalie génétique, mais qu'il est provoqué par un facteur extérieur au système immunitaire lui-même (4). Ces facteurs peuvent être variés, incluant d'autres pathologies dont une personne peut souffrir, des médicaments qu'elle prend pour traiter ces pathologies, ou même certaines conditions de vie (2).
Quelle est la différence entre les déficits immunitaires primaires et secondaires ?
Il est important de ne pas confondre les DIS avec les déficits immunitaires primitifs, qui sont des déficits immunitaires héréditaires présents dès la naissance, qui se manifestent souvent dès la petite enfance (4). Les DIS ne sont pas transmis génétiquement de parents à enfants (4). Cette distinction est essentielle pour comprendre la nature du problème et orienter les investigations médicales vers les causes acquises.
Quelles sont les causes de l'immunodéficience secondaire ?
Les déficits immunitaires secondaires peuvent avoir de nombreuses causes différentes. Voici les principales catégories : Les infections, les maladies chroniques et la prise de certains médicaments.
L'une des causes les plus connues de déficit immunitaire secondaire est l'infection par le Virus de l'Immunodéficience Humaine (VIH) (2). Le VIH affaiblit progressivement le système immunitaire en attaquant et en détruisant les lymphocytes CD4+, qui sont des globules blancs essentiels pour coordonner la réponse immunitaire (1). Au fur et à mesure que le nombre de lymphocytes CD4+ diminue, le système immunitaire devient de plus en plus vulnérable aux infections opportunistes et à certains cancers. Le stade avancé de l'infection par le VIH est appelé Syndrome d'Immunodéficience Acquise (SIDA) (4).
Outre le VIH, d'autres infections virales peuvent également affaiblir le système immunitaire, soit temporairement, soit de manière plus durable dans certains cas (2). Parmi celles-ci, on retrouve la rougeole, l'infection par le cytomégalovirus (CMV), le virus d'Epstein-Barr (EBV), le zona et la varicelle (2). Par exemple, la rougeole est connue pour pouvoir entraîner une immunodépression transitoire après l'infection (1). De même, chez les personnes dont le système immunitaire est déjà affaibli, des infections comme le CMV ou l'EBV peuvent devenir plus graves et avoir un impact plus significatif sur l'immunité (1).
Le diabète, qu'il s'agisse du type 1 ou du type 2, est une maladie chronique qui peut rendre les personnes plus sensibles aux infections (2). L'excès de sucre dans le sang (hyperglycémie) peut altérer la fonction des cellules immunitaires, les rendant moins efficaces pour combattre les infections (4). De plus, le diabète peut entraîner des problèmes de circulation sanguine et des lésions nerveuses, ce qui peut ralentir la guérison des plaies et augmenter le risque d'infections, notamment au niveau des pieds et de la peau…
Certains types de cancer, en particulier les cancers du sang comme la leucémie, le lymphome et le myélome multiple, peuvent directement affecter la production et la fonction des cellules du système immunitaire (2). Ces cancers peuvent envahir la moelle osseuse, où sont produites les cellules immunitaires, ou les cellules cancéreuses elles-mêmes peuvent être des cellules immunitaires anormales qui ne fonctionnent pas correctement. Cela peut entraîner une diminution du nombre de globules blancs sains (leucopénie), un faible taux d'anticorps (hypogammaglobulinémie) et une altération de la fonction d'autres cellules immunitaires, rendant le corps plus vulnérable aux infections (2)(6). L'impact direct des cancers du sang sur le système immunitaire explique pourquoi ces patients sont plus à risque d'infections (2).
Les problèmes rénaux et hépatiques chroniques peuvent également avoir une influence sur le système immunitaire (2). L'insuffisance rénale chronique peut affecter la prolifération des lymphocytes et la fonction des phagocytes, qui sont des cellules immunitaires importantes (2) (7). De même, l'insuffisance hépatique peut entraîner une déficience du système immunitaire, augmentant le risque d'infections. Bien que les maladies chroniques soient caractérisées par une hyperactivité du système immunitaire contre les propres tissus du corps, les traitements immunosuppresseurs utilisés pour les gérer peuvent paradoxalement entraîner une immunodéficience secondaire (1)(2). De plus, certaines maladies auto-immunes elles-mêmes peuvent affecter certaines composantes du système immunitaire (2). Par exemple, le lupus érythémateux systémique (LES) peut être associé à des déficits immunitaires secondaires. La relation entre les maladies auto-immunes et les DIS est complexe, car le traitement visant à supprimer l'hyperactivité immunitaire peut entraîner une déficience secondaire (1)(2).
Les médicaments immunosuppresseurs sont utilisés pour réduire l'activité du système immunitaire dans diverses conditions médicales, notamment les maladies auto-immunes, la prévention du rejet de greffe et certains cancers (4). En diminuant l'activité du système immunitaire, ces médicaments peuvent rendre le corps plus vulnérable aux infections. Il est crucial pour les patients sous immunosuppresseurs de comprendre l'impact potentiel sur leur système immunitaire et l'importance des mesures de prévention des infections (2).
La chimiothérapie et la radiothérapie, utilisées pour traiter le cancer, peuvent également supprimer le système immunitaire en affectant la production de cellules sanguines, y compris les cellules immunitaires. La chimiothérapie peut entraîner une neutropénie (faible nombre de neutrophiles) et une lymphopénie (faible nombre de lymphocytes) (2)(6). Les patients atteints de cancer sous ces traitements sont particulièrement sensibles aux infections en raison de leur système immunitaire affaibli (2).
L'utilisation prolongée de certains médicaments, comme les corticostéroïdes, peut également affaiblir le système immunitaire. Ces médicaments, utilisés pour réduire l'inflammation, peuvent avoir un impact sur la fonction immunitaire lorsqu'ils sont pris à fortes doses ou pendant une longue période.
La malnutrition sévère est une cause majeure d'immunodéficience secondaire dans le monde (2) Un manque de nutriments essentiels peut affaiblir toutes les parties du système immunitaire, augmentant le risque d'infections (4). Cela souligne l'importance d'une nutrition équilibrée pour maintenir un système immunitaire sain.
L'absence de rate (splénectomie), qui peut être nécessaire en cas de traumatisme ou de certaines maladies, peut également entraîner un déficit immunitaire secondaire. La rate joue un rôle important dans l'immunité, notamment contre les bactéries encapsulées. Les grands brûlés peuvent également présenter un risque accru d'infections en raison des dommages importants causés à la peau et de la réaction inflammatoire systémique qui peut perturber le système immunitaire.
Enfin, l'âge et le vieillissement du système immunitaire (sénescence immunitaire) peuvent rendre les personnes âgées plus vulnérables aux infections (2). Le système immunitaire tend à s'affaiblir avec l'âge, et certaines maladies chroniques et certains traitements plus fréquents chez les personnes âgées peuvent également contribuer à l'immunodéficience (2). Il est important pour les personnes âgées de prendre des précautions pour protéger leur santé (2).
Comment savoir si l'on est immunodéprimé ?
Plusieurs signes peuvent suggérer la présence d'un déficit immunitaire secondaire(2). L'un des indicateurs les plus courants est la survenue d'infections qui reviennent fréquemment (infections récurrentes) (2). Cela peut se traduire par des infections des voies respiratoires telles que des sinusites, des bronchites ou des pneumonies qui se répètent plusieurs fois par an (2). Chez les jeunes enfants, des infections de l'oreille (otites) qui reviennent très souvent peuvent également être un signe d'alerte (2).
Un autre signe à surveiller est la présence d'infections plus graves ou qui durent plus longtemps que d'habitude (2). Ces infections peuvent nécessiter des antibiotiques intraveineux ou une hospitalisation, signifiant souvent la présence d'une maladie grave sous-jacente (9). La difficulté à guérir des infections ou leur réapparition peu de temps après le traitement peuvent également être des signaux d'alerte (2).
Il est important de noter qu'avoir quelques rhumes par an, surtout chez les enfants, est normal. L'inquiétude doit survenir lorsque les infections sont très fréquentes, sévères, inhabituelles ou difficiles à traiter (2).
Comment diagnostique-t-on les déficits immunitaires secondaires ?
Il est important de décrire en détail la fréquence, la sévérité et le type d'infections que vous avez eues, ainsi que tout autre symptôme ou problème de santé (2). Informez également votre médecin de l'existence d'un déficit, de vos antécédents médicaux complets et des traitements que vous suivez (2).
Votre médecin vous posera probablement des questions détaillées sur votre histoire médicale et vos symptômes (anamnèse) et réalisera un examen clinique (2). Des prises de sang sont souvent nécessaires pour évaluer le nombre et le type de cellules immunitaires présentes dans votre sang, les taux d'anticorps (immunoglobulines) et la fonction immunitaire globale (9). En fonction des symptômes et des résultats initiaux, d'autres tests spécifiques peuvent être demandés, comme un test de dépistage du VIH, une mesure de la glycémie ou des analyses pour évaluer la fonction rénale et hépatique (9). Dans certains cas, des examens d'urine, des radiographies ou des scanners peuvent être nécessaires (5) (1).
Si un déficit immunitaire secondaire est suspecté, votre médecin pourra vous orienter vers un médecin spécialiste du système immunitaire pour des examens plus approfondis et une prise en charge spécialisée (4). Ces spécialistes ont une expertise approfondie dans le diagnostic et le traitement des déficits immunitaires. Dans certains cas complexes, des centres de référence spécialisés peuvent être consultés (5).
Vivre avec un déficit immunitaire secondaire : les traitements et la prise en charge
La première étape essentielle dans la prise en charge d'un déficit immunitaire secondaire est de traiter la cause sous-jacente (4). Si le DIS est dû à une infection comme le VIH, un traitement antiviral sera mis en place (4). Si un médicament immunosuppresseur est la cause, le médecin pourra ajuster la dose ou envisager un autre traitement si possible. Un bon contrôle des maladies chroniques comme le diabète peut améliorer la fonction immunitaire (2). La correction de la malnutrition est également essentielle (4).
En plus de traiter la cause, des traitements peuvent être mis en place pour aider le système immunitaire à mieux fonctionner. Les perfusions d'immunoglobulines (anticorps) peuvent être utiles, en particulier en cas de déficit en production d'anticorps (2). Elles sont administrées par voie intraveineuse ou sous-cutanée (2). La prise d'antibiotiques pour prévenir les infections (antibioprophylaxie) peut également être prescrite dans certains cas (3).
La vaccination est essentielle pour prévenir certaines infections, mais des précautions spécifiques doivent être prises chez les personnes immunodéprimées, car certains vaccins (notamment les vaccins vivants atténués) peuvent être contre-indiqués (2). Il est important de discuter avec votre médecin des vaccins recommandés et des précautions à prendre (3)(6).
Adopter de bonnes habitudes d'hygiène au quotidien est essentiel pour éviter les infections (2). Cela inclut se laver les mains fréquemment et correctement, éviter le contact avec les personnes malades, adopter une bonne hygiène personnelle et faire attention à l'alimentation en évitant les aliments crus ou insuffisamment cuits et en buvant de l'eau potable (2). Un suivi régulier avec l'équipe médicale est également important pour surveiller l'évolution du déficit immunitaire et l'efficacité du traitement (4).
- Déficits immunitaires - SVAI, consulté le mai 12, 2025, https://svai.ch/immunodeficience/?lang=fr
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- Zoom : Traitement par perfusion des déficits immunitaires - LVL Médical, consulté le mai 12, 2025, https://www.lvlmedical.com/perfusion-nutrition/perfusion/zoom-traitemen…
- Immunodéficience secondaire - AAIQ, consulté le mai 12, 2025, https://allerg.qc.ca/Information_allergique/6_2_secondaire.html
- Immunodépression : définition, formes, causes et traitements - Pharmanity, consulté le mai 12, 2025, https://www.pharmanity.com/blog/immunodepression-definition-formes-caus…
- Déficits immunitaires et maladies auto-immunes - CSL Behring, consulté le mai 12, 2025, https://www.cslbehring.fr/patients/votre-pathologie/deficits-immunitair…
- Déficits immunitaires héréditaires - MaRIH - Filière de santé Maladies Rares Immuno-Hématologiques, consulté le mai 12, 2025, https://marih.fr/pathologies/deficits-immunitaires-hereditaires/
- Déficit immunitaire secondaire / Immunodéficience acquise - CSL Behring, consulté le mai 12, 2025, https://www.cslbehring.fr/patients/votre-pathologie/deficits-immunitair…
- Prise en charge du patient chez qui on suspecte un déficit immunitaire - Immunologie; troubles allergiques - MSD Manuals, consulté le mai 12, 2025, https://www.msdmanuals.com/fr/professional/immunologie-troubles-allergi…
- Revue générale des déficits immunitaires - Immunologie; troubles allergiques - Édition professionnelle du Manuel Merck, consulté le mai 12, 2025, https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/immunologie-troubles-al…
- Déficit immunitaire - MedG, consulté le mai 12, 2025, https://www.medg.fr/deficit-immunitaire/
- LES DEFICITS IMMUNITAIRES HEREDITAIRES - PNDS - Haute Autorité de Santé, consulté le mai 12, 2025, https://www.has-sante.fr/jcms/p_3431471/fr/deficits-immunitaires-heredi…